La période de 1945 à 1956 marque un tournant décisif dans l’histoire de la présence française en Indochine, un territoire dont la domination coloniale s’effrite sous l’impact des revendications nationalistes et des bouleversements géopolitiques d’après-guerre. Le départ progressif de la France du Vietnam, du Laos et du Cambodge résulte d’un enchaînement de conflits, de négociations diplomatiques et de pressions internationales qui redessinent durablement la carte de l’Asie du Sud-Est.

À la fin de la Seconde Guerre mondiale, le Japon évince l’administration coloniale française en mars 1945, laissant un vide politique que les mouvements indépendantistes exploitent rapidement. En août, profitant de la capitulation japonaise, Hô Chi Minh proclame l’indépendance de la République démocratique du Vietnam à Hanoi, mettant fin à près d’un siècle de domination française. Mais Paris refuse d’abandonner son empire et tente de reprendre le contrôle de la région, ce qui mène à une confrontation directe avec le Viet Minh.

Dès 1946, la guerre d’Indochine éclate après l’échec des négociations entre la France et le gouvernement d’Hô Chi Minh. Le conflit prend une ampleur croissante, opposant une armée coloniale bien équipée mais de plus en plus isolée sur la scène internationale, à une guérilla vietnamienne aguerrie et soutenue par l’Union soviétique et la Chine à partir de 1949. La bataille de Diên Biên Phu, en mai 1954, scelle le sort de la présence française en Indochine : l’armée française subit une défaite humiliante, accélérant les négociations de paix à Genève.

Les accords de Genève, signés en juillet 1954, consacrent le retrait de la France et la partition du Vietnam entre le Nord communiste et le Sud soutenu par les États-Unis, préfigurant un nouveau conflit. Le Laos et le Cambodge, quant à eux, obtiennent une indépendance complète, bien que sous une forte influence des grandes puissances. La France, affaiblie politiquement et militairement, achève son désengagement en 1956, tournant ainsi la page d’un empire colonial qui semblait autrefois indéboulonnable.