
Si Auguste avait fait semblant de respecter la République tout en mettant en place l’empire -ou du moins le principat-, Tibère, son successeur sera bel et bien empereur… sans pour autant en avoir l’envie, le désir. Et il s’en faudra de peu pour que le rêve d’Auguste ne s’effondre avec un retour à la République.
De fait, lorsque Auguste meurt, en 14 après J.-C., c’est le règne de l’incertitude et de l’inaction.
L’hésitation du Sénat : le chemin vers l’Empire
Tibère ne veut pas réclamer les pouvoirs qui lui seront nécessaires pour régner ; et le Sénat hésite à accéder à la volonté d’Auguste et à reprendre les pouvoirs qui lui avait été ravis, ce qui équivaudrait à un retour à la République pleine et entière et non plus apparente comme sous le « règne » d’Auguste. Un mois durant, le Sénat va hésiter, osciller pour finalement octroyer à l’héritier désigné ce qui signe l’acte de décès de la République.
Le plus étonnant, c’est que Tibère sera sans nul doute l’empereur le plus attaché aux valeurs de la République, celui qui la regrettera la plus, qui comprendra le plus ce qu’elle représentait… pour la bonne et simple raison qu’il était lui-même fils de la République.
Tibère : un empereur malgré lui
Né en 42 avant J.-C., Tibère est le fils d’un officier d’Auguste. Il n’a que quatre ans lorsque sa mère, alors enceinte de son frère Drusus, se sépare de son père et épouse Auguste. La question de sa succession va être au coeur des dernières années de « règne » d’Auguste et le moins que l’on puisse dire c’est que Tibère n’était pas dans ses préférés. Son frère, Drusus, avait plus de charme aux yeux d’Auguste ; mais surtout, celui-ci comptait sur sa fille, Julie, mariée à Agrippa, un général, pour lui assurer une descendance.
Elle semblait devoir être incarnée par les fils d’Agrippa et de Julie, Caïus et Lucius, mais la mort d’Agrippa, en 12 avant J.-C., allait poussé Livie, la mère de Tibère, à jouer la carte de ses rejetons : elle poussa Tibère à se séparer de sa femme et à épouser Julie, devenant de fait le beau-fils et le gendre d’Auguste.
La mort de Drusus, en 9 avant J.-C., puis celle des deux petits-fils d’Auguste, en 2 et en 4 après J.-C. Avait fait le vide dans les prétendants désignés à la succession d’Auguste. Ne restaient que Tibère et que le fils de Drusus, son neveu Germanicus, qu’il adoptera alors même qu’Auguste faisait de Tibère son fils.
Un imbroglio dynastique qui sera l’apanage de la dynastie julio-claudienne. Avec lui commence la dynastie des julio-claudiens, les premiers, la gens Julia, descendant d’Auguste, la seconde, la gens Claudia, descendant, comme Tibère lui-même, de Livie.
La Pax Romana sous Tibère : une ère de paix contestée
Au final, c’est donc le plus républicain des héritiers d’Auguste qui accède au pouvoir. Après les expéditions menées sous l’autorité de son beau-père et père, Tibère va préférer jouer la paix, en préservant a Pax romana, ce qui consistait à ne pas entreprendre d’expéditions offensives et à se contenter des frontières existantes de l’empire.
Côté politique intérieure, Tibère va, dans un premier temps, augmenter les pouvoirs du Sénat. Mais rapidement, la gestion familiale de Tibère va entrainer de vives tensions avec le Sénat, preuve qu’il est désormais acquis que la République est morte puisque des affaires de familles deviennent des affaires d’Etat.
L’ère des complots : la fin de Tibère et l’ascension de Caligula
Les tensions seront même telles que Tibère, dégoûté des attaques incessantes du Sénat qui l’accusait d’avoir fait assassiner son neveu -le fils de Drusus- Germanicus, et des complots multiples, décidera de quitter Rome et de se retirer à Capri (26 après J.-C.). Atteint, selon Tacite et Suétone -dont la partialité est à démontrer- de délire de persécution, voir de folie, l’empereur avait laissé le pouvoir aux mains de son conseiller, Séjan qui saura largement en tirer profit.
De fait, durant quelques années, c’est bien Séjan qui gouverne l’empire. C’est lui aussi qui multiplie les tensions, quitte, pour se faire, à inventer des complots : assassin lui-même de Drusus, le fils de Tibère, Séjan tentera d’impliquer les héritiers de Germanicus dans ses intrigues contre l’empereur. Le complot dénoncé, Agrippine la vieille, épouse de Germanicus, ainsi que deux de ses fils seront emprisonnés et Séjan tué avec toute sa famille (31 après J.-C.).
Seul survivant de l’affaire : Caligula, le dernier fils de Germanicus et d’Agrippine, qui sera l’héritier de Tibère. Ce dernier, toujours retiré à Capri, mourra en 37. L’histoire veut qu’il soit tombé évanoui et que l’on ait cru un peu rapidement à sa mort. Le préfet s’étant empressé de proclamer Caligula empereur devait rapidement rectifier son erreur… en étouffant Tibère qui venait de reprendre connaissance.