Article | 16 juillet 1054 – Grand schisme d’Orient  : catholiques – orthodoxes

Le 16 juillet 1054 marque une date clé dans l’histoire du christianisme : le Grand Schisme d’Orient. Cet événement a scellé la séparation entre l’Église catholique et l’Église orthodoxe, une fracture qui perdurera pendant des siècles.

Pour comprendre cette rupture, il est essentiel de revenir sur l’organisation de l’Église chrétienne à l’époque tardive de l’Empire romain et sur les nombreuses tensions théologiques, politiques et territoriales qui en furent à l’origine.

Les patriarcats dans l’Empire chrétien : une organisation complexe

Sous l’Empire romain chrétien, l’Église s’organise autour de figures clés appelées patriarches.

Initialement, trois patriarcats principaux sont établis : Rome, Alexandrie et Antioche. Par la suite, au cours des IVe et Ve siècles, deux nouveaux patriarcats viennent s’ajouter : celui de Byzance, capitale impériale renommée Constantinople en 330, et celui de Jérusalem.

Bien qu’aucune hiérarchie rigide ne régisse ces patriarcats, un élément distingue le patriarcat de Rome : il revendique une certaine primauté spirituelle. Selon la tradition, les apôtres Pierre et Paul y seraient morts en martyrs, conférant au patriarche de Rome le titre de pape et de chef théorique de l’Église.

Toutefois, dans la pratique, les autres patriarcats jouissent d’une autonomie importante, et les divergences théologiques entre l’ancienne Rome (Rome) et la nouvelle Rome (Constantinople) ne tardent pas à émerger.

Des divergences théologiques qui creusent l’écart

Dès le Ve siècle, les chrétiens d’Orient commencent à se qualifier d’orthodoxes – un terme issu des mots grecs orthos (droit) et doxa (opinion), signifiant « la juste opinion ». Ils se distinguent progressivement des chrétiens d’Occident par plusieurs points fondamentaux.

Parmi ces différences, on trouve :

  • Le nombre de conciles acceptés : les orthodoxes reconnaissent uniquement les huit premiers conciles œcuméniques, jusqu’au Concile de Nicée en 787.
  • L’usage liturgique : ils condamnent l’usage du pain azyme pour la confection des hosties, un rite courant en Occident.
  • Le célibat des prêtres : contrairement aux catholiques, les orthodoxes permettent aux prêtres de se marier.
  • La doctrine sur le Saint-Esprit : les orthodoxes considèrent que le Saint-Esprit procède uniquement du Père, tandis que les catholiques ajoutent qu’il émane « du Père et du Fils » (Filioque).

Ces désaccords théologiques sont autant de pierres d’achoppement, accentuées par des tensions politiques et territoriales croissantes.

Les rivalités politiques et territoriales entre Rome et Byzance

Au-delà des questions religieuses, des rivalités politiques aggravent la situation.

Le patriarche de Constantinople cherche à étendre son influence, notamment dans le sud de l’Italie, une région régulièrement ravagée par les attaques des Normands. Les Byzantins interviennent fréquemment pour défendre ces territoires, créant des frictions avec l’Église romaine.

Un épisode particulier illustre ces tensions : en juin 1053, les armées du pape Léon IX, d’origine alsacienne, sont vaincues par les Normands. Capturé à Bénevent, le pape est emprisonné et meurt en avril 1054. Sa disparition ouvre la voie à une crise majeure entre les deux Églises.

Le 16 juillet 1054 : le jour de la rupture

Trois mois après la mort du pape Léon IX, une délégation romaine dirigée par le cardinal Humbert arrive à Constantinople. Elle porte avec elle une prétendue bulle pontificale.

Le 16 juillet, les prélats romains se rendent dans la Basilique Sainte-Sophie, en pleine célébration liturgique. Là, ils haranguent la foule et déposent sur l’autel principal un document d’excommunication visant le patriarche de Constantinople, Michel Cérulaire, connu pour son caractère intransigeant.

En réponse, Michel Cérulaire réagit avec véhémence. Il lance à son tour un anathème contre la délégation romaine, invoque le Concile de Chalcédoine de 451 qui accordait un rang égal au pape et au patriarche de Constantinople, et ordonne la confiscation des hosties en pain azyme. Enfin, il ferme les églises de rite latin à Constantinople.

La rupture entre les deux Églises est désormais irréversible.

Une réconciliation tardive, 900 ans plus tard

Bien que la rupture officielle ait duré des siècles, un geste symbolique a marqué une tentative de réconciliation.

Le 7 décembre 1965, lors de la clôture du Concile Vatican II, les Églises latines et grecques ont décidé « d’effacer » les anathèmes réciproques prononcés en 1054. Ce geste témoigne d’une volonté de dialogue et de rapprochement, bien que les différences fondamentales subsistent encore aujourd’hui.

Conclusion

Le Grand Schisme d’Orient, bien plus qu’un simple conflit religieux, incarne la complexité des relations entre l’Est et l’Ouest chrétien à l’époque médiévale. À travers ses causes théologiques, politiques et culturelles, cet événement illustre les tensions qui peuvent naître de divergences idéologiques profondes.

Même après des siècles, il continue de façonner les relations entre les Églises catholique et orthodoxe.